L'étoile déchue

Publié le par Rubis

L'étoile déchue

Un terrible cataclysme ayant violemment secoué le ciel, une étoile s'en détacha et tomba dans les profondeurs de l'océan. L'astre n'était pas orgueilleux et peu lui importait de vivre en haut ou en bas. Et comme son explosion interne était incessante et immense, sa brillance éclatante n'en fut pas arrêtée pour autant. Sa lumière envahit la ténébreuse obscurité du fond. Pour la première fois, les poissons se virent tels qu'ils étaient et ceci ne leur plût guère. La comparaison avec l'étoile était inévitable et à côté de cette immense source phosphorescente, leurs âmes et leurs coprs ressemblaient à de minuscules et méprisables excréments. Lourds de furie et d'envie, ils avalèrent de la boue et par bans entiers, fondirent sur l'étrangère, vomissant sur elle, d'écoeurantes déjections et la recouvrant d'une couche puante, qui opacifia douloureusement sa joyeuse splendeur. L'étoile, se voyant ainsi, oublia qu'elle était un émissaire du ciel. Elle commença à se mépriser. Elle pensa qu'elle ne valait plus rien, puisque la raison même de son existence, était de répandre la clarté. Elle se terra, immobile au fond d'une grotte. Peu à peu, arrivèrent d'autres poissons aussi odieux que répugnants, qui se collèrent contre elle, s'en servant comme d'une latrine. Cette situation dura une éternité... jusqu'à ce qu'un être, couvert d'écailles noires, entra lentement dans le refuge pour, découvrant une partie de sa poitrine, lançant un intense rayon de lumière, mettre en fuite la répugnante meute et réveiller l'astre déchu. Qui es-tu, incroyable poisson qui peut survivre dans cet enfer, en conservant ta luminosité ?, demanda la pauvre petite étoile. Je suis un astre comme toi, répondit le mystérieux personnage. Le tremblement de ciel m'a aussi précipité dans la mer mais je me suis rendu compte, que dévoiler ma splendeur au lieu de m'aider, ne ferait que de me créer des ennemis. Parce que les petits êtres ne supportent pas le voisinage de la grandeur. Si je veux faire le bien, ai-je compris, il faut que je me cache afin que personne ne se rende compte de l'origine supérieure de mon aide. Viens, ne crois pas que tu ne vaux rien parce qu'ils ne t'aiment pas. Ils ne t'aiment pas, parce qu'ils ne peuvent pas te voir. Et l'amour, sans la connaissance, n'existe pas. L'étoile arracha les plaques boueuses qui la recouvraient, se déguisa en monstre marin et en compagnie de son sauveur, partit, dissimulant son origine, répandre un peu de lumière sur les bennes profondes des ténèbres.

Texte d'Alessandro Jodorowsky.

Publié dans Chansons